Passer du « beau » au « juste » : c’est ce qui a poussé Fabien à reprendre sa formation après six ans en design.
Dans cette nouvelle Alumni Story, il revient sur son passage d’un profil très orienté UI et direction artistique vers une approche plus produit, guidée par la recherche utilisateur et la méthodologie. Il partage également son arrivée chez Fortuneo, son travail sur l’application de demain et sa vision du rôle de l’IA dans les pratiques design. Un témoignage à découvrir pour comprendre comment élargir son regard sur le métier de designer.

Avec déjà six ans d’expérience en design, qu’est-ce qui t’a poussé à continuer à te former à ce moment-là ?
J’avais un parcours très orienté UI Design, DA et graphisme, construit principalement en tant que solo designer en agence créative. J’y ai développé une grande polyvalence mais je ressentais un manque sur la partie expérience utilisateur.
J’avais souvent le sentiment de me concentrer sur le « comment » sans suffisamment explorer le « pourquoi ». Mon attention était principalement portée sur l’interface, sans toujours disposer des méthodes, des outils ou du cadre nécessaire pour justifier mes choix de conception. Faute de temps dédié à la recherche utilisateur et à la phase de discovery, ces questions restaient souvent en suspens.
Après six années passées dans le même environnement, sans occasion d’être challengé par d’autres designers, j’avais le sentiment d’atteindre une forme de plafond dans ma progression. J’éprouvais le besoin de prendre du recul, d’élargir ma vision du métier et de mieux comprendre l’ensemble du cycle de conception produit.
Qu’est-ce qui te manquait concrètement dans ta pratique du UI/UX, et qu’est-ce que tu cherchais à renforcer ou à acquérir en te formant au Product Design ?
Ce qui me manquait clairement, c’était une méthodologie. Je voulais être capable de justifier mes choix, pas seulement auprès des autres, mais aussi auprès de moi-même. Aller à la rencontre des utilisateurs, comprendre leurs besoins, prendre des décisions plus pragmatiques et les appuyer sur des données plutôt que sur des intuitions ou des préférences esthétiques.
En résumé, ne plus faire du beau pour faire du beau mais concevoir des expériences pertinentes, utiles et cohérentes.
Au-delà de l’apprentissage de la méthode, j’avais surtout envie d’être au contact de designers plus expérimentés. Je cherchais à comprendre comment les mentors abordent les problématiques produit, comment ils prennent leurs décisions et quels réflexes ils avaient développés avec l’expérience. Pouvoir échanger régulièrement avec eux, profiter de leurs retours et apprendre directement de leur pratique du métier était l’une des principales raisons qui m’ont poussé à rejoindre le bootcamp.
Comment se sont passés ces deux mois chez The Design Crew, et à quoi ressemblait ton quotidien pendant le bootcamp ?
Le rythme était soutenu dans le sens où il n’y avait pas de temps mort, mais c’est justement ce qui rendait l’expérience aussi stimulante. Chaque semaine apportait son lot de nouveaux sujets à découvrir, expérimenter et approfondir.
De mon côté, je voulais tirer le maximum de ces deux mois pour rééquilibrer mon profil et arriver sur le marché de l’emploi avec une vision plus complète du métier.
Concrètement, les journées s’articulaient souvent autour d’une partie théorique sur une nouvelle thématique, suivie d’ateliers de mise en pratique sur nos différents projets. Les journées plus autonomes permettaient d’avancer à son rythme, tout en ayant les mentors disponibles à tout moment en cas de besoin. L’équilibre était vraiment bien trouvé.
Je faisais un peu de zèle en fin de sprint pour peaufiner les restitutions et la présentation. Ça, c’est probablement mon passé de DA qui refaisait surface.
Tu as rejoint Fortuneo assez rapidement après la fin de ton Bootcamp, comment s’est déroulée ta recherche d’emploi ?
Pour être honnête, en sortie de Bootcamp, j’avais probablement une vision du marché qui n’était plus totalement à jour. En 2025, le contexte était déjà plus compétitif.
C’était aussi ma première véritable recherche d’emploi puisque j’avais rejoint mon agence directement après mes études. J’ai dû apprendre à valoriser mon parcours, à raconter mes expériences et à mettre en avant ce que je pouvais apporter.
J’ai consacré beaucoup de temps à retravailler mon portfolio pour documenter au mieux les projets réalisés pendant le bootcamp et des projets personnels. J’ai aussi cherché à construire un storytelling cohérent autour de mon profil : assumer mon ADN très visuel tout en montrant l’évolution de mes compétences vers l’UX et le Product Design.
J’ai abordé cette recherche de manière assez méthodique, avec un suivi précis de mes candidatures, de mes relances et des retours reçus.
Chez Fortuneo, je suis arrivé en phase finale pour un poste avec une autre candidate. L’entreprise a finalement estimé que son profil correspondait davantage au besoin initial, mais les échanges avaient été suffisamment positifs pour qu’une autre opportunité me soit proposée au sein de l’équipe mobile. C’est comme ça que tout a commencé.
Aujourd’hui chez Fortuneo, sur quoi travailles-tu concrètement ?
Quels types de produits ou de fonctionnalités sont dans ton périmètre ?
Les choses ont beaucoup changé en huit mois, haha. J'ai assez rapidement évolué vers le scope complet de l'application mobile, jusqu'au début de cette année où j'ai été missionné pour imaginer l'application Fortuneo de demain. C'est le cœur de mon poste aujourd'hui.
En parallèle, j'apporte mon expertise UI sur des sujets transverses, j’accompagne la transition app-first auprès des autres designers de l'équipe, et je pilote avec deux collègues l'intégration de l'IA dans nos process design. C'est le side project du moment et clairement pas le moins excitant.
Le secteur bancaire est très encadré : comment ça influence ta manière de concevoir des produits ?
Les contraintes sont réelles, qu’elles soient techniques, réglementaires, juridiques ou liées à la protection de la donnée. On travaille avec l'argent des utilisateurs, donc les enjeux ne sont pas les mêmes que pour d’autres produits. Chaque décision demande davantage de vérifications, de validations, de recul.
Ce n'est pas une limite, c'est le cadre. Mais c'est aussi ça qui est formateur. Il faut savoir s'affranchir de ces contraintes en phase de divergence pour ne pas se fermer des portes trop tôt et passer à côté de bonnes solutions et savoir s'y conformer au moment de converger pour prendre la décision la plus pragmatique.

Comment tu articules les enjeux business et les besoins utilisateurs dans ton process de design ?
L’essentiel, c’est d’embarquer les bons interlocuteurs dès le début du projet. Leur contribution est clé, car ils portent une compréhension fine des enjeux business et réglementaires, qu’il est important d’intégrer dès la phase de divergence, plutôt que de les découvrir tardivement dans le process.
Côté utilisateurs, on s’appuie sur un ensemble de signaux complémentaires : data produit, entretiens qualitatifs, tests utilisateurs, mais aussi des outils internes qui permettent de suivre en continu les retours clients. C’est particulièrement précieux, car cela aide à faire émerger des tendances spontanées et à identifier ce que les utilisateurs souhaitent voir évoluer de leur propre initiative, sans sollicitation directe.
L’enjeu principal consiste à faire coexister ces deux voix tout au long du projet, en les intégrant comme des sources de vérité complémentaires plutôt que comme des éléments à arbitrer l’un contre l’autre.
Quelle place occupe l'IA dans ton quotidien de designer ?
Dans ma pratique quotidienne, ça reste encore assez ciblé. Mais c'est un sujet qui prend de plus en plus de place dans ma tête, parce qu'on est en train de l'intégrer activement dans nos process design chez Fortuneo.
On le pilote à trois designers : l'idée, c'est d'identifier comment l'IA va accompagner les designers dans chaque étape de leur workflow. L'objectif n'est pas nécessairement de produire plus vite pour produire plus vite, mais de s'émanciper des tâches les plus mécaniques pour concentrer l'énergie là où elle crée vraiment de la valeur, pour l'utilisateur et pour le business.



